Palavas-les-Flots jeudi 11 février.

Laryngectomie /Trachéotomie : d’Armand TROUSSEAU à nos jours…

Selon l’institut national du cancer, Les cancers de la bouche, du pharynx et du larynx sont essentiellement causés par la consommation de tabac et d’alcool.

Lorsqu’ils sont consommés ensemble, les effets du tabac et de l’alcool ne s’additionnent pas, ils se multiplient. C’est ce qu’on appelle l’effet synergique sur le risque de cancer des VADS, en particulier du larynx.

En France, le nombre de nouveaux cas projetés en 2017 est de plus de 15 000.

Actuellement, les hommes sont plus touchés que les femmes par ces cancers (environ 70% des nouveaux cas).

Cependant, l’incidence (nombre de nouveaux cas par an) chez les hommes tend à diminuer et à augmenter chez les femmes. Cette tendance est en lien avec l’évolution du tabagisme, en baisse chez les hommes et en hausse chez les femmes.

Les cancers des VADS surviennent le plus souvent entre 50 et 64 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est avec les travaux d’Armand Trousseau sur la diphtérie, que débute l’étude et le traitement des pathologies laryngées.

Ce dernier va défendre l’intérêt de la trachéotomie dans la prise en charge des malades atteints de croup malgré le scepticisme des instances médicales de l’époque, en particulier des chirurgiens.

Il publie en 1837 son Traité pratique de phtisie laryngée, de la laryngite chronique et des maladies de la voix Paris .J.-B. Baillière (1837),  et ouvre le champ à l’étude clinique du larynx.

Ce dernier va défendre l’intérêt de la trachéotomie dans la prise en charge des malades atteints de croup malgré le scepticisme des instances médicales de l’époque, en particulier des chirurgiens.

Il publie en 1837 son Traité pratique de phtisie laryngée, de la laryngite chronique et des maladies de la voix Paris .J.-B. Baillière (1837),  et ouvre le champ à l’étude clinique du larynx.

Il faut attendre les travaux de Türck et surtout de Johann Nepomuk Czermak en 1858 pour que se développe la laryngoscopie.

A l’origine…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il était une fois un grand professeur de chant, du nom de Manuel Garcia, originaire d’Espagne. Ses parents étaient chanteurs d’Opéra. Il était frustré de ne pas pouvoir voir ses cordes vocales en pleine action, lorsqu’il chantait.

Pendant l’été 1855, il vint en vacances à Paris………….

Il se promena un jour paisiblement dans les jardins du Palais-Royal. C’est alors qu’un rayon de soleil se réfléchit sur le pommeau d’argent de sa canne.

Il eut alors un éclair de génie et voulu regarder ses cordes vocales à l’aide de deux miroirs : l’un dirigeant la lumière et l’autre lui permettant de regarder au fond de sa gorge. Pour se faire il utilisa un miroir de dentiste et un miroir à main. Après avoir trempé le miroir de dentiste dans de l’eau chaude, il l’éclaira avec son autre miroir en lui renvoyant la lumière du soleil. Il put ainsi voir sa glotte, mais que les 2/3 dit-on.

En rentrant à Londres, où il s’était installé, il rédigea un mémoire intitulé : Observations physiologiques sur la voix humaine, qu’il présenta à la Société royale de Londres et qui fut publié ensuite dans deux grandes revues anglaises. Garcia adressa alors la traduction de son mémoire à des médecins, physiologistes et musiciens français. Cependant personne ne s’y intéressa, la seule référence à son mémoire apparu dans la Gazette Hebdomadaire de Novembre 1855.

Au cours de l’été 1857Ludwig Türck, professeur de médecine à Vienne, eut connaissance des travaux de Garcia. Il tenta alors d’examiner son larynx et jugea ses recherches « tout à fait nouveau lorsqu’on l’oppose aux tentatives infructueuses faites jusque-là, et à l’opinion prédominante qui admettait l’impossibilité d’utiliser le laryngoscope dans un but pratique ».

Il dut mettre un terme à ses essais lorsque les rayons du soleil devinrent insuffisants avec « l’arrivée des mauvais jours »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est alors que Czermack, professeur de physiologie à Pest, emprunta à Türck ses miroirs. Il recourut d’emblée à la lumière artificielle. Au début il utilisa une simple flamme dont il se protégeait avec un miroir, puis il utilisa un miroir concave qui permettait de concentrer les rayons d’une lampe sur son pharyngolarynx. Il examinait ses patients dans une pièce sombre avec des draps pour cacher la lumière. Il n’y avait que la bougie, les miroirs, le patient et Czermack !

Czermack publia dès le mois de mars 1858 sa méthode d’examen du larynx avec lumière artificielle dans la Gazette hebdomadaire de Vienne, dans un article intitulé « Du miroir laryngé ».

Cette publication déclencha immédiatement un conflit avec Türck, qui se revendiquait comme le père de ce procédé. Ils vinrent tous les deux demander l’arbitrage de l’Académie des Sciences de Paris. Celle-ci ne voulant pas prendre parti, leur accorda chacun un prix de douze cents francs en 1861. Le compte rendu publié dans La Gazette médicale, concluait : « la méthode de Monsieur Czermack est certainement de beaucoup préférable à celle de ses prédécesseurs, mais il serait injuste de ne pas tenir compte de leurs  tentatives et des résultats qu’ils avaient obtenus ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Par la suite, la laryngoscopie devint un excellent sujet de thèse et de publications, grâce à la publicité donnée par ce différend entre Türck et Czermack et par le dynamisme de ce dernier pour faire connaître le laryngoscope.

En France, la laryngoscopie va être diffusée par Fauvel qui édite en 1861 : Du laryngoscope du point de vue pratique, et qui va former plusieurs générations d’ORL,  au sein d’une consultation de laryngologie ouverte dans le service de chirurgie de Voillemier à l’hôpital Lariboisière.

Il doit faire preuve d’opiniâtreté face à l’hostilité de la faculté de médecine vis-à-vis des spécialistes.

En 1874, Isambert ouvre la première clinique de laryngologie, qui est tolérée mais non réglementaire dans ce même hôpital et développe l’activité ainsi que la formation des internes.

Il crée en 1875 avec Krishaber et Ladreit de la Charrière : les Annales des maladies de l’oreille et du larynx (Otoscopie, laryngoscopie, rhinoscopie).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lui succède en 1876 Adrien Proust, père de Marcel, qui va s’intéresser surtout à l’hygiène et à la lutte contre le choléra, la salle réservée à la laryngologie sera alors dirigée par son adjoint Krishaber.

Le service étant en train de péricliter, il se redéveloppe en 1887 avec la nomination de Gouguenheim qui va ouvrir au sein de son service une consultation d’otologie.

Il obtient en 1895 de l’Assistance publique la reconnaissance officielle de la consultation des maladies du larynx et du nez de l’hôpital Lariboisière.

Le service comprend alors dix lits d’homme et dix de femme.

Suite à son décès, il est remplacé en 1901 par Sébileau, chirurgien de formation.

Celui-ci donne une tendance chirurgicale, alors qu’ailleurs la formation était plutôt médicale. De nombreux ORL de province et de l’étranger viennent alors s’y former.

En 1902, sont réalisées sur l’année en ORL 1366 interventions, 22213 consultations.

En 1905 le service est doté d’un nouveau bâtiment.

Sébileau restera chef de service jusqu’en 1931.

Lariboisière sera donc à la fin du XIXème et au début du XXème siècle la maison mère de nombreux oto-rhino-laryngologistes,  qui feront la renommée française de la spécialité.

C’est avec le développement de la spécialité ORL, dans la seconde moitié du XIXe siècle, que les premiers journaux d’ORL furent publiés.

Entre 1864 et 1900, trente journaux ont été répertoriés dans six pays européens et aux États-Unis. De ces trente journaux, dix existent encore aujourd’hui.

En 1875 apparurent les deux premiers journaux d’ORL, les Annales des maladies de l’oreille et du larynx éditées à Paris par Émile Isambert, Jules Ladreit de Lacharrière et Maurice Krishaber, et qui existe encore aujourd’hui sous le nom d’Annales d’oto-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale .

Cent vingt-cinq ans plus tard…

Cent-vingt- cinq ans plus tard, le nombre de laryngectomies effectuées en France n’est pas publié mais, aux USA, la population de laryngectomisés est estimée à près de 60 000 personnes et environ 3000 interventions de ce type sont réalisées chaque année dans ce pays. C’est dire l’importance qu’a prise cette famille d’intervention au fil du temps.

Les laryngectomies s’effectuent de plus en plus par les voies naturelles sans incision cutanée en utilisant souvent le laser et parfois maintenant un robot.

Certains cancers du larynx peuvent être guéris par chimiothérapie seule sans avoir à utiliser la radiothérapie ou à réaliser une laryngectomie, et la technique de greffe du larynx est quasiment au point suscitant de grands espoirs pour le laryngectomisé total.

Le développement de la lutte contre les deux grands facteurs de risque du cancer du larynx que sont, le tabagisme et l’alcoolisme, est le garant à long terme de la poursuite de la diminution engagée du nombre de laryngectomies effectuées chaque année de par le monde.

Et en France…

En 2017, 3 220 nouveaux cas ont été diagnostiqués, dont 85 % chez l’homme. De ce fait, il se situe au 13 ème rang des cancers masculins.
Les taux d’incidence standardisés sont de 4.8 chez l’homme et de 0,8 chez la femme, soit un rapport hommes/femmes de 6,0.
Chez l’homme, le taux d’incidence a diminué de façon notable et cette tendance s’est accentuée au cours des dernières années.  Cette diminution correspond à une réduction de 37 % du nombre de nouveaux cas.
Chez la femme, à l’inverse, le taux d’incidence augmente, en moyenne, de 1,1 % par an, avec une tendance au ralentissement.
Dans 75 % des cas, l’âge de survenue se situe entre 50 et 74 ans, avec un âge moyen de diagnostic de 71 ans.

LE PRONOSTIC
C’est un cancer de pronostic intermédiaire. La survie relative à 5 ans est de 55 %.

On estime qu’il a causé environ 800 décès en 2017. Il existe de fortes variations en fonction du stade de la maladie allant de 78 à 32 % de survie en fonction de l’atteinte locale pure, ganglionnaire et/ou métastatique.

Quelles sont les conséquences de la laryngectomie totale chez le patient ?

Séparation du système respiratoire et digestif.

Trachéostomie définitive.

Perte de la phonation laryngée.

Perte de la respiration bucco nasale.

Perte totale de l’odorat.

Perte de l’étanchéité cutanée au niveau du  trachéostome.

Perturbation de l’image corporelle.

Altération de la qualité de vie :

« La chirurgie mutilante bouleverse la vie des laryngectomisés. Destitués de leur intégrité personnelle et de leur image corporelle, privés de relations ordinaires, de sociabilité et contraints de supporter le regard plein de compassion des autres, ils semblent en effet condamnés à vivre dans un monde intérieur » (Babin, 2011).

« Bien que les  causes de ces cancers soient socialement produites, la désespérance est, elle, individuellement vécue. Mieux, le laryngectomisé est le seul coupable de ce qu’il lui arrive, ce que la science et la médecine ne manquent pas de lui rappeler. La laryngectomie apparait alors dans cette perspective comme une punition dont il n’a pas lieu de se plaindre. Il se doit d’être un « bon » malade, car le fautif c’est lui. Il est de ce fait aussi responsable de ce qu’il fait vivre à son entourage immédiat. » (Babin, 2011).

Pr Emmanuel BABIN
Coordonnateur médical
Responsable de la Fédération de Cancérologie et de l’Unité de Recherche Clinique en Cancérologie
Professeur des universités et sociologue
Médecin chercheur dans le laboratoire ER13 Inserm « cancer et populations »

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Catégorie(s): Education et Innovation Santé